Lundi 4 novembre. Après une longue hésitation je gare mon fourgon à une encablure en surplomb du phare du Petit-Minou. Il fait déjà nuit noire. Les averses ont laissé la place à un crachin froid et pénétrant. Le vent d’ouest a molli. Je suis face à une mer que je aperçois grâce aux deux éclats du phare, toutes les six secondes. Il fait froid. Après un repas vite avalé, je prépare ma banette. Ce préparatif me replonge vingt ans en arrière alors que je naviguais en océan Indien sur le bâtiment océanographique D’Entrecasteaux… J’ai aimé cette sensation. Je pense aux douze navigateurs qui vont prendre la mer, demain matin, afin de réaliser le grand huit des Atlantiques. J’ose imaginer cette dernière soirée avant le grand départ. Elle doit être teintée d’excitation et d’angoisse. Chacun doit préparer une dernière fois ce qui est prêt depuis des lustres. Un dernier baisé à la famille, un dernier signe de la main avant de fermer les écoutilles. La nuit sera courte, ils sont déjà bercés par la houle.

Mardi 5 novembre. Il est six heures lorsque le réveil me sort d’un rêve qui me projetais à Tristan da Cunha, entre le Horn et Bonne Espérance, me rappelle à la réalité. Le matériel est prêt depuis la veille, les batteries sont chargées et les objectifs nettoyés avec minutie. Le petit-déjeuner est pris avec satiété. Je regarde la mer qui s’ouvre devant moi. Le phare des Pierres Noires élève son faisceau à travers un ciel de traîne. Son éclat rouge indique un danger. Il est le dernier rempart avant de prendre la pleine mer et de lâcher les libellules vers l’immensité. Je songe à Mike Birch qui devance Malinovsky sur la ligne d’arrivée de la première Route du Rhum, en 1978. Il est à bord de son Olympus Photo (trimaran de 39 pieds), sa petite libellule jaune, comme il aime à en parler. Le canadien a gravé son nom dans le grand livre de l’Histoire de la course au large. Ceux qui partent ce jour vont en ouvrir un nouveau chapitre. Le temps passe. Il doit être sept heure lorsque je prends place au pied du phare du Petit-Minou. Je suis rapidement rejoins par Philippe, un amoureux encyclopédique de la voile et de son évolution.

A compter de 7h30 les Ultims 32/23 quittent le quai Malbert, un à un, toutes les quinze minutes. Philippe me raconte l’histoire de la conception de ces bateaux qui ont une surface « au sol » de plus de sept Olympus Photo, pas moins ! Il commence à y avoir du monde autour du phare du Petit Minou. Il faut dire qu’au loin sort de la brume les silhouettes des voiliers tant attendus. Chacun y va de son pronostic afin d’identifier ce qui ne l’est pas encore. Florence nous rejoint, une « ama-pro » de la voile. Sa passion la porte sur tous les événements nautiques à travers l’hexagone et parfois hors de nos frontières. Il est dix heures trente lorsque les navires passent à un jet de pierre de nous. C’est l’extase, les marins tirent des bords afin de rester au plus près de leur public. Puis petit à petit, ils disparaissent de notre horizon afin d’aller à la rencontre du leur… Ils vont pouvoir ouvrir leur journal de bord et conter une nouvelle aventure. Je ne leur souhaite ni bon vent, ni bonne mer, juste un m… afin de ne pas porter la poisse à tous ces marins !

Brest Atlantiques #1
Classe Ultim 32/23*, départ le 5 novembre à 11h
Macif Course au Large : François Gabart, Gwénolé Gahinet, Jérémie Eloy (media man)
Gitana Team Edmond de Rothschild : Charles Caudrelier, Franck Cammas, Yann Riou (media man)
Team Sodebo Voile – Thomas Coville : Thomas Coville, Jean-Luc Nélias, Martin Keruzoré (media man)
Team Actual Leader : Yves Le Blevec, Alex Pella, Ronan Gladu (media man)


Classe Ultim 32/23 : bateau de 32 mètres maximum par 23 mètres maximum

Catégories : BateauSport

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