Discussion autour d’un rond-point

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Depuis le 17 novembre 2018, il est un nouvel animal qui rode autour des ronds-points. Il filtre la circulation, voire la bloque plus qu’il ne la fluidifie ! Il aurait la peau jaune avec des raies réfléchissantes. A écouter sa description, il est terrible, pire que la bête du Gévaudan qui terrifiait les populations de Lozère au XVIIIè siècle. Les politiques de tous bords s’accordent enfin pour ne pas laisser cet horrible animal proliférer. Ils lancent à travers le pays des hordes de compagnons républicains de sécurité accompagnées parfois de gendarmes et de policiers. Des huissiers ont même été diligentés afin de constater des points de blocages ou d’achoppements.

Curieux de nature, je suis allé à la nuit tombée attendre à proximité d’un premier rond-point. Je me suis attardé et n’ai rien vu. J’ai continué ma route. Je l’aperçois enfin ! En réalité c’est tout un troupeau qui est rassemblé sous le froid glacial. L’animal est un bipède. Je m’approche, je vois cette peau jaune rayée de bandes réfléchissantes. Je continue d’approcher. J’entends les mugissements du troupeau, je tends l’oreille. Etonnement, je comprends leur langage. Je regarde une bête avec beaucoup d’attention, sur la peau jaune qui leur vaut le nom de « Gilets Jaunes » j’aperçois une tête humaine. Est-ce un oripeau dont ce galvaniserait le « Gilet Jaune » ? Il n’en est rien.

Il s’agit bien d’un être humain. Je sors, sans y faire attention, un ouf de soulagement. Avec un grand sourire, l’homme m’accueille. Je sens que sous ce gilet, il y a un cœur grand comme ça ! S’il a grand cœur, il a surtout le cœur gros. Démoralisé par une classe politique arrogante vivant dans un monde parallèle il ne comprend pas, ou plutôt, si, il le comprend trop bien ! Et c’est ce qui lui fait mal ! Les nantis ne veulent écouter ses paroles de désarroi. On n’est pas entre gens d’un même monde. Ceux-là même  qui parlaient au nom du peuple il y a tout juste dix-huit mois, s’en sont retournés à leurs portefeuilles. Ne voulant pas de la peste, on lui a préféré le choléra… 

Notre avenir est autour de ce rond-point. Ces personnes arborant fièrement leur tenue jaune ont la tête bien pleine, et de la mémoire … « Ces Gaulois réfractaires au changement« , « ces sans-dents« , « ces fainéants » qui font les trois-huit, « ces illettrés » qui pour beaucoup n’ont pas touché « ce pognon de dingue que l’on dépense pour les minima sociaux« . Ces hommes et ces femmes n’ont pas attendu qu’on leur demande de « traverser la rue pour trouver un emploi« . Ces hommes et ces femmes, vous, moi, n’acceptons pas le mépris affiché de cette classe au sang bleu installée par des lobbyistes de tous genres. La suffisance et l’arrogance d’êtres vils qui ont oublié le principal. Mettre l’humain au centre des débats devrait pourtant être leur principale mission.  

Autour de ce rond-point, il y a, Marie, Erwan, Mireille, Jacques, Nolwenn, Eric, Stéphanie, Priscillia … Ce sont des hommes et des femmes. Comme le plus grand nombre, ils ont des enfants et des petits-enfants à qui ils souhaitent offrir un avenir. Ils veulent vivre de leur salaire et dire avec fierté ce qu’ils ont réalisé et comment ils ont mené leur projet. Ils ne veulent pas être considérés comme des serfs à qui l’on octroie une aumône au bon vouloir du seigneur des lieux. La société évolue, c’est un point important à prendre en considération. Mes nouveaux amis auraient pu être des sans-culottes, participer aux manifestations du Front Populaire, être sur les barricades de mai 68. Ils sont autour du rond-point et demande juste qu’il leur soit possible d’acheter du pain jusqu’au 30 du mois sans que celui-ci ne soit impacté par des frais bancaires supplémentaires !

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